Professeur parce que documentaliste. 4, Pas d’accès à Google = Internet ne marche pas

Un petit article pour reprendre après les vacances, sous forme de relation d’une anecdote particulièrement révélatrice de l’aliénation que vivent nos élèves face aux outils numériques.
Mon établissement vient de changer de serveur de fichier pour passer à Sambaedu3. Depuis, pour une raison qui m’échappe, un des ordinateurs du CDI ne peut plus se connecter en https, notamment à Google. Et jusqu’ici, sur les quelques dizaines d’élèves que j’ai vu s’installer devant ce poste, aucun n’a réussi à accéder à une page web, sans même parler de comprendre ce qui se passe. La réaction est la même : « l’ordi marche pô »

Il suffit pourtant de taper l’adresse d’un site dans la barre d’adresse, ou de lancer une recherche dans le raccourci des moteurs en haut à droite avec un autre moteur de recherche que Google ( Bing et Yahoo sont préinstallés, pas encore duckduckgo, ce qui est dommage ), et une page internet s’affichera dans le navigateur.

Malheureusement pour eux, les élèves sont tellement habitués à utiliser Google comme portail d’entrée sur Internet, souvent sans même savoir ce qu’ils font ( combien savent à quoi correspond le champ en haut à droite de firefox, dans lequel ils écrivent si souvent « google » ?) qu’ils n’enclenchent aucune démarche d’investigation. La situation de consommateur dans laquelle on les place en permanence face aux outils numériques les rend vulnérables. Et nous pouvons le voir parce que nous pouvons voir l’attitude des élèves dans nos CDI face aux ordinateurs.

Ils ne savent pas comment fonctionne internet. Ils ne savent pas lire les informations qu’affiche un navigateur. Ils sont complètement soumis au bon vouloir de Google.

Il est temps que nous nous occupions de faire quelque chose non ? Et ça, peu d’autres profs sont capables de l’analyser et de répondre à cet enjeu en professionnels.

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Professeur parce que documentaliste. 3, les manuels numériques

Avez vous déjà essayé de commander des manuels numériques ?
Moi, oui, l’année dernière, à peu près à la même époque, celle où les enseignants de discipline reçoivent leurs spécimens de manuels. Un collègue d’enseignement professionnel est venu me voir, car comme c’est souvent désormais le cas, un gros autocollant sur la couverture prévenait que pour la commande d’une série de manuel, on obtient gratuitement le manuel du prof en version numérique. Ne passons pas à coté de l’aubaine.
C’est là que le calvaire commence. Oui, je m’occupe de mettre en forme les commandes de manuels des profs ( c’est bien une de mes seules fonctions dans cette pomme de discorde généralisée ), et comme je suis référent numérique, ma foi, j’ai décidé de m’y coller.
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Professeur parce que documentaliste. 2, les mails de journées portes ouvertes

Depuis quatre mois au moins, ma boite mail professionnelle est remplie quotidiennement de messages m’annonçant les journées portes ouvertes de nombre d’établissements de mon académie. Cela peut monter à plus de dix par jour durant les semaines les plus chargées, entre les annonces et les rappels.

Du coup, je croule sous des « TR:TR:Fw:Portes ouvertes », et j’ai bien du mal à savoir a priori si l’info pourra intéresser mes élèves, sans ouvrir le mail, et la pièce jointe qui va avec.

Qu’est ce que ça nous apprend à nous ?
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Professeur parce que documentaliste. 1, les bases de données en ligne

La plupart des professeurs documentalistes ont expérimenté ces dernières années la mise en ligne de données sur des serveurs externes, et notamment pour la base documentaire qui est notre bien professionnel le plus précieux.

En ce qui me concerne, mon logiciel PMB est installé sur l’hébergement mutualisé du CRDP de l’académie. Lorsque hier, tout le réseau pédagogique de l’établissement s’est retrouvé coupé d’internet, j’ai été bien embêté, vous l’imaginez.

Le même risque existe avec BCDI et E-sidoc, mais dans une moindre mesure.

Qu’est ce que ça nous apprend à nous ?
Essentiellement à mettre des données en ligne avec circonspection, parce qu’on ne supporte pas en tant que professionnels de ne pas être maitre du résultat de notre travail.
Héberger nos bases ailleurs que sur des serveurs sur lesquels nous avons la main, c’est rendre nos bases plus facilement accessible, mais c’est aussi prendre le risque qu’on n’y accède plus en cas de panne de l’accès à Internet. Pour le coup, quand on a BCDI installé sur une machine, on peut continuer à cataloguer en local.

C’est aussi prendre le risque qu’elle soit modifiée sans qu’on le sache par action de l’hébergeur. En a t’il le droit ? Ca dépend de ses conditions d’utilisations et de la confiance qu’on lui accorde. De subtiles différences sont aussi rapportées par les collègues entre le base BCDI et le reflet qui en ai donné via E-sidoc.

Bien sur, il nous faut aussi savoir si nos données ne vont pas purement et simplement être supprimées, parce que le serveur à distance brule, parce notre compte aura été supprimé, parce qu’on aura arrêté de payer l’abonnement ( dans ce cas là, ça revient à devenir locataire et non propriétaire des données ).

Qu’est ce que ce que ça nous permet de travailler avec les élèves ?

Lors de la fermeture de Megaupload, des ingénus s’étaient alarmés de la perte de leurs données. Korben avait alors publié un article intéressant à plus d’un titre, et qui peut servir de base à une séance sur le sujet ou plutôt de conclusion, sur les gestes simples de sauvegarde et de discernement sur ce que nous mettons sur des serveurs externes.

Le plus urgent est sans doute de donner une image juste du réseau internet. Non les documents ne sont pas dans « les nuages » malgré le terme à la mode. Le réseau internet est un réseau de réseau d’ordinateurs, et quand nous met ses données en ligne, elles sont sur un autre ordinateur que nous ne maitrisons plus, ce qui permet à tout un tas de gens d’en prendre connaissance et de les utiliser, des publicitaires aux espions de la NSA.

Et ça, peu d’autres enseignants sont capables de l’analyser en professionnels.

Professeur parce que documentaliste. 0, prologue

Professeur documentaliste.
L’association des deux termes continuent à interroger ceux qui ne veulent pas reconnaitre la mission enseignante des profs docs. J’ai expliqué dans un article précédent que mon expérience de moniteur de plongée m’avait permis de n’avoir aucune difficulté à concevoir que nous puissions être professeur, avec des savoirs à transmettre, là où certains veulent croire que notre rôle se limite à de la formation technique, qui pourrait se faire dans un simple accompagnement des élèves qui viendraient au gré de leurs besoins ou de leurs envies au CDI. Selon ces derniers, il faut faire un choix, professeur OU documentaliste.

Notre profession s’est au contraire construite sur le fait que nous sommes professeur ET documentaliste. Je vais ouvrir ici une série de billets destinées à montrer que nous sommes professeur PARCE QUE documentaliste. Attention, il ne s’agit pas de reprendre la thèse de Marie France Blanquet, qui nous explique en se basant sur l’étymologie du mot « document que nous serions professeur EN ETANT documentaliste. Je veux plutôt montrer que notre pratique quotidienne nous donne une légitimité à investir un champ d’enseignement, plus que n’importe quel autre enseignant celui de la culture de l’information, qui peut aussi être une part de la culture numérique.

J’espère ainsi pouvoir contribuer à ma modeste mesure à une synthèse entre les savoirs froids, académiques des sciences de l’information et de la communication et les savoirs chauds, issus de l’expérience.