Sur la table à carte : surveillance:// de Tristan Nitot

surveillance_800Les éditions C&F ont publié à l’automne 2016 ce petit livre ( même pas 200 pages ) par une voix qui compte dans les milieux qui s’intéresse aux libertés numériques. Tristan Nitot a présidé Mozilla Europe et travaille pour Cozy Cloud. Il a été membre du Conseil National du Numérique, et membre du conseil consultatif de la CNIL. Il est diplôme d’une école d’informatique. Bref, c’est pas un rigolo, il connaît le sujet sur lequel il écrit, parfaitement résumé dans le sous tire de l’ouvrage : Les libertés au défi du numérique : comprendre et agir.

Si vous suivez avec attention ces questions, notamment depuis que la notion d’identité numérique a fait sa place dans nos objets d’enseignement, la lecture du livre ne sera pas pour vous plein de nouvelles révélations. Car tout ce dont Tristan Nitot nous entretient est connu, sur la table parfois depuis de nombreuses années : la surveillance par les entreprises privées, les États qui se servent dans les masses de données accumulées par les entreprises du numériques, notre vie enregistrée jusque dans ses détails les plus intimes et tout ce qu’il est possible de mettre en place pour limiter notre surveillance.

Mais nous, professeurs documentalistes pouvons nous intéresser à ce livre pour plusieurs raisons

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Professeur parce que documentaliste. 4, Pas d’accès à Google = Internet ne marche pas

Un petit article pour reprendre après les vacances, sous forme de relation d’une anecdote particulièrement révélatrice de l’aliénation que vivent nos élèves face aux outils numériques.
Mon établissement vient de changer de serveur de fichier pour passer à Sambaedu3. Depuis, pour une raison qui m’échappe, un des ordinateurs du CDI ne peut plus se connecter en https, notamment à Google. Et jusqu’ici, sur les quelques dizaines d’élèves que j’ai vu s’installer devant ce poste, aucun n’a réussi à accéder à une page web, sans même parler de comprendre ce qui se passe. La réaction est la même : « l’ordi marche pô »

Il suffit pourtant de taper l’adresse d’un site dans la barre d’adresse, ou de lancer une recherche dans le raccourci des moteurs en haut à droite avec un autre moteur de recherche que Google ( Bing et Yahoo sont préinstallés, pas encore duckduckgo, ce qui est dommage ), et une page internet s’affichera dans le navigateur.

Malheureusement pour eux, les élèves sont tellement habitués à utiliser Google comme portail d’entrée sur Internet, souvent sans même savoir ce qu’ils font ( combien savent à quoi correspond le champ en haut à droite de firefox, dans lequel ils écrivent si souvent « google » ?) qu’ils n’enclenchent aucune démarche d’investigation. La situation de consommateur dans laquelle on les place en permanence face aux outils numériques les rend vulnérables. Et nous pouvons le voir parce que nous pouvons voir l’attitude des élèves dans nos CDI face aux ordinateurs.

Ils ne savent pas comment fonctionne internet. Ils ne savent pas lire les informations qu’affiche un navigateur. Ils sont complètement soumis au bon vouloir de Google.

Il est temps que nous nous occupions de faire quelque chose non ? Et ça, peu d’autres profs sont capables de l’analyser et de répondre à cet enjeu en professionnels.

Remettre l’intelligence à la périphérie ( ou entre le clavier et la chaise )

L’un des premiers articles de ce blog concernait Benjamin Bayart, et je vous invite à aller le relire, et surtout à regarder les vidéos des excellentes conférences qu’il donne, notamment celle intitulée Minitel 2.0. Son point de vue est très éclairant sur l’évolution des réseaux, et sur les enjeux qui naissent de la technique même. La conférence sur le minitel 2.0 nous montre par exemple l’architecture du réseau minitel, avec des serveurs au centre disposant de la puissance de calcul et des données, et des périphériques ultra simple pour l’utilisateur. Internet, c’est l’inverse, un cœur de réseau avec des machines très simples, et la puissance de calcul et les données à la périphérie du réseau, ce qui fait du peer to peer l’application la plus fidèle à ce qu’est Internet. Or, les pratiques récentes tendent à centraliser nos données sur les serveurs des grandes entreprises bien connues, Google, et consort. Cette démarche touchent l’organisation du réseau donc, mais à des impacts sur les utilisateurs. Et là, ça nous intéresse au premier chef.

D’abord, séquence nostalgie : vous souvenez vous de cette pub ?
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