Decodex : qu’en faire pour les profs docs ?

Avant-propos : cet article traîne de plusieurs jours dans la zone brouillon de ce blog. Alors que je m’apprêtais à le publier, j’ai aperçu une nouvelle annonçant que le Décodex faisait à nouveau évoluer sa formule. Mais il me semble que la réflexion de fond vaut encore. Alors, je le publie, mais vous saurez qu’il est un peu anachronique…

Après plusieurs semaines de communication et de réaction autour du Décodex, la poussière n’est pas encore retombée un mois après la sortie de ce projet piloté par des journaliste du Monde, le débat reste rude, à juste titre me semble-t-il.
Je vais essayer d’expliquer ici de mon point de vue de professeur documentaliste pourquoi cet outil me semble être une mauvaise idée. Précisons : je vais traiter de la démarche du classement de la fiabilité des sites et l’annuaire qui en est tiré, celui qui a cristallisé le débat, beaucoup plus médiatisé, y compris par ses créateurs. L’autre pan du dispositif, quelques pages de conseil sur la manière de s’informer ne sont globalement ni pires ni meilleures que ce que l’on peut trouver ailleurs et que ce que font les profs docs ( et d’autres enseignants sans doute ) depuis des années. Les collègues pourront par exemple utiliser les petites cases de bandes dessinées pour illustrer ou synthétiser leur propos. Enfin, si la licence choisie par les auteurs le permet.

Je vois quatre raisons pour ne pas s’intéresser plus que ça à cet outil, car il ne répond pas aux enjeux fixés par le parlement quand il a voté la loi de Refondation de l’école en 2013 et institué l’Éducation aux médias et à l’Information comme un objectif pour la scolarité obligatoire, et pose des problèmes quant à l’emploi avec des élèves.

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En manœuvre : une séance sur le droit d’auteur et le plagiat, le procès de Math Podcast

En manœuvre : une séance sur le droit d’auteur et le plagiat, le procès de Math Podcast

Aborder le droit d’auteur est souvent affaire délicate à l’Ecole. Il y a en effet une tension entre le droit tel qu’il existe et sa remise en cause par les pratiques des internautes. Notre institution tient un discours moralisateur sur le droit moral autour du plagiat dans le cadre des travaux scolaires. En ce qui concerne les droits patrimoniaux, elle a été mobilisée il y a quelques années dans la lutte contre le partage d’œuvres culturelles sur Internet. C’est dans ce contexte qu’est apparu cette odieuse expression « d’usage responsable d’Internet ».
Les technologies sur lesquelles fonctionnent Internet étant basées sur la copie de données, il est évident que ce discours se heurte aux pratiques des élèves mais aussi des enseignants, ringardisant de fait l’Ecole, et ne permet pas de former des citoyens à des débats sur ce sujet. Pourtant, il est possible et souhaitable de faire évoluer ce droit, et notamment en y introduisant des notions comme celle des communs.

Alors pour montrer l’intérêt du droit d’auteur, j’ai pris le parti de faire analyser la situation de Math Podcast à des élèves de 5eme, « youtubeur » victime d’un gros bad buzz au début de l’année 2016.

Dessin de la chaine Youtube cartoon caljbeut trash

Dessin issu de la chaine Youtube cartoon caljbeut trash

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Professeur parce que documentaliste. 4, Pas d’accès à Google = Internet ne marche pas

Un petit article pour reprendre après les vacances, sous forme de relation d’une anecdote particulièrement révélatrice de l’aliénation que vivent nos élèves face aux outils numériques.
Mon établissement vient de changer de serveur de fichier pour passer à Sambaedu3. Depuis, pour une raison qui m’échappe, un des ordinateurs du CDI ne peut plus se connecter en https, notamment à Google. Et jusqu’ici, sur les quelques dizaines d’élèves que j’ai vu s’installer devant ce poste, aucun n’a réussi à accéder à une page web, sans même parler de comprendre ce qui se passe. La réaction est la même : « l’ordi marche pô »

Il suffit pourtant de taper l’adresse d’un site dans la barre d’adresse, ou de lancer une recherche dans le raccourci des moteurs en haut à droite avec un autre moteur de recherche que Google ( Bing et Yahoo sont préinstallés, pas encore duckduckgo, ce qui est dommage ), et une page internet s’affichera dans le navigateur.

Malheureusement pour eux, les élèves sont tellement habitués à utiliser Google comme portail d’entrée sur Internet, souvent sans même savoir ce qu’ils font ( combien savent à quoi correspond le champ en haut à droite de firefox, dans lequel ils écrivent si souvent « google » ?) qu’ils n’enclenchent aucune démarche d’investigation. La situation de consommateur dans laquelle on les place en permanence face aux outils numériques les rend vulnérables. Et nous pouvons le voir parce que nous pouvons voir l’attitude des élèves dans nos CDI face aux ordinateurs.

Ils ne savent pas comment fonctionne internet. Ils ne savent pas lire les informations qu’affiche un navigateur. Ils sont complètement soumis au bon vouloir de Google.

Il est temps que nous nous occupions de faire quelque chose non ? Et ça, peu d’autres profs sont capables de l’analyser et de répondre à cet enjeu en professionnels.

Remettre l’intelligence à la périphérie ( ou entre le clavier et la chaise )

L’un des premiers articles de ce blog concernait Benjamin Bayart, et je vous invite à aller le relire, et surtout à regarder les vidéos des excellentes conférences qu’il donne, notamment celle intitulée Minitel 2.0. Son point de vue est très éclairant sur l’évolution des réseaux, et sur les enjeux qui naissent de la technique même. La conférence sur le minitel 2.0 nous montre par exemple l’architecture du réseau minitel, avec des serveurs au centre disposant de la puissance de calcul et des données, et des périphériques ultra simple pour l’utilisateur. Internet, c’est l’inverse, un cœur de réseau avec des machines très simples, et la puissance de calcul et les données à la périphérie du réseau, ce qui fait du peer to peer l’application la plus fidèle à ce qu’est Internet. Or, les pratiques récentes tendent à centraliser nos données sur les serveurs des grandes entreprises bien connues, Google, et consort. Cette démarche touchent l’organisation du réseau donc, mais à des impacts sur les utilisateurs. Et là, ça nous intéresse au premier chef.

D’abord, séquence nostalgie : vous souvenez vous de cette pub ?
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