Sur la table à carte : surveillance:// de Tristan Nitot

surveillance_800Les éditions C&F ont publié à l’automne 2016 ce petit livre ( même pas 200 pages ) par une voix qui compte dans les milieux qui s’intéresse aux libertés numériques. Tristan Nitot a présidé Mozilla Europe et travaille pour Cozy Cloud. Il a été membre du Conseil National du Numérique, et membre du conseil consultatif de la CNIL. Il est diplôme d’une école d’informatique. Bref, c’est pas un rigolo, il connaît le sujet sur lequel il écrit, parfaitement résumé dans le sous tire de l’ouvrage : Les libertés au défi du numérique : comprendre et agir.

Si vous suivez avec attention ces questions, notamment depuis que la notion d’identité numérique a fait sa place dans nos objets d’enseignement, la lecture du livre ne sera pas pour vous plein de nouvelles révélations. Car tout ce dont Tristan Nitot nous entretient est connu, sur la table parfois depuis de nombreuses années : la surveillance par les entreprises privées, les États qui se servent dans les masses de données accumulées par les entreprises du numériques, notre vie enregistrée jusque dans ses détails les plus intimes et tout ce qu’il est possible de mettre en place pour limiter notre surveillance.

Mais nous, professeurs documentalistes pouvons nous intéresser à ce livre pour plusieurs raisons

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Prof doc c’est un métier ( et ça a l’air de les faire chier )

Prof doc c’est un métier ( et ça a l’air de les faire chier )

La situation dans laquelle nous nous trouvons, professeurs documentalistes, est incompréhensible.

Alors que les thématiques et notions que nous portons depuis au moins la création du CAPES sont enfin officiellement reconnues et intégrées aux programmes par l’EMI, nous nous voyons écartés de sa mise en application. Comment est-il possible que le ministère ne fasse pas le lien entre un besoin exprimé et (enfin) reconnu, et des professionnels qu’il a recruté et formés, et pour la plupart volontaires et disponibles ? Quel intérêt à ne pas reconnaître encore notre métier ?

cloister_conspiracy_by_philip_jackson_28329Je crois que certains n’y ont pas intérêt, et que nous nous trouvons face à une conjuration de troisièmes couteaux pour nous empêcher de faire notre travail, que nous ressentons dans le contexte de la négociation d’une nouvelle circulaire de mission ( novembre 2016 )

Mais c’est quoi un métier ?

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Un nouveau plan pour un nouveau CDI

Mon établissement est un lycée professionnel. Après quelques décennies de tergiversations, il va devenir un lycée polyvalent dans quelques années. Une fois l’architecte choisi, les plans nous ont été communiqués. C’est l’occasion de voir comment les régions conçoivent les CDI de nos jours. Et c’est intéressant, parce que nous héritons des CDI, nous les concevons rarement. Forcément, on voit bien que les architectes se posent peu la question de l’usage des lieux qu’ils dessinent. Indice, il y a un patio

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Michel Desmurget, la neuroscience pour analyser les media

Je ne connaissais pas Michel Desmurget jusqu’à il y a peu, où Usul a attiré mon attention sur son travail. Il a publié en 2011 un ouvrage sur la télévision, TV Lobotomie : La vérité scientifique sur les effets de la télévision.
Cela lui a valu de nombreuses invitations dans les medias, visiblement principalement les radios à l’époque. Vous allez comprendre pourquoi.
Son propos est de deux ordres. D’abord, il utilise son expertise dans le fonctionnement du cerveau et de notre esprit pour expliquer le pouvoir de fascination qu’exerce ce média sur nous, et mettre en évidence les stratégies employées notamment par les publicitaires, de manière parfaitement consciente et organisée pour faire en sorte que le message atteigne sa cible. D’autre part, il pointe en compilant les résultats de nombreuses études scientifiques les effets sur le dévelopemment cognitif de l’enfant, et c’est pas reluisant. On retrouve là des éléments pointés par Philippe Meyrieu.
Il me semble que cette conférence résume bien son travail

La télévision est un media dont les enseignants n’ont jamais eu de mal à montrer les travers. Dans une autre conférence organisée par Ars Industrialis ( dans laquelle intervient Marcel Gauchet également ), Michel Desmurget transpose une partie de son travail sur les média numériques, et entreprend de démonter une partie des poncifs les plus éculés sur les digitales natives.

Des arguments interessants donc, et scientifiques pour une approche raisonnée des médias, et pourquoi pas pour le lycée un travail sur la stratégie des médias de l’attention et de la distraction.

Benjamin Bayart, l’ingénieur que nous devrions écouter plus souvent

J’ai découvert Benjamin Bayart avec sa conférence sur Internet ou le minitel 2.0

http://www.fdn.fr/media/video/Minitel2/RMLL2007-Minitel_2.avi

http://www.fdn.fr/media/video/Minitel2/RMLL2007-Minitel_2.avi

Son propos et sa pédagogie m’ont tout de suite intéressé. Soyons clairs : c’est un geek, qui parle à l’oreille des geeks. Mais un vrai : il est ingénieur système, et il comprend de quoi il parle quand il parle d’Internet. D’ailleurs, il est fondateur de FDN, le premier fournisseur d’accès en France, et le dernier de l’époque héroïque encore en activité.

La dernière de ses conférences en ligne est passionnante. Il l’a donné devant des étudiants de Sciences-Po, et est en trois parties, la dernière étant celle qui devrait nous intéresser le plus, puisqu’elle traite des impacts sociaux d’Internet. Mais il prévient, à raison, qu’il faut avoir vu les deux précédentes pour bien comprendre la troisième. Pour vraiment comprendre Internet, au delà des lieux communs et des slogans des marchands de quincailleries électroniques.
http://www.fdn.fr/Qu-est-ce-qu-Internet.html

Une de ses conclusions nous concernent nous, profs-docs, et à mon avis, devraient être un axe de notre enseignement. Pour Benjamin Bayart, il faut éduquer les internautes à publier, et à participer au débat démocratique. La vraie nouveauté d’Internet, c’est que chacun peut défendre ses idées, sans les filtres des éditeurs des média traditionnels.

C’est clairement un des axes de notre métier, et un des contenus de notre enseignement. De plus, cela apporte une réponse à la question de la maitrise technique : il faut en savoir suffisamment pour comprendre et garantir cette liberté d’expression.