Un nouveau plan pour un nouveau CDI

Mon établissement est un lycée professionnel. Après quelques décennies de tergiversations, il va devenir un lycée polyvalent dans quelques années. Une fois l’architecte choisi, les plans nous ont été communiqués. C’est l’occasion de voir comment les régions conçoivent les CDI de nos jours. Et c’est intéressant, parce que nous héritons des CDI, nous les concevons rarement. Forcément, on voit bien que les architectes se posent peu la question de l’usage des lieux qu’ils dessinent. Indice, il y a un patio

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Professeur parce que documentaliste. 1, les bases de données en ligne

La plupart des professeurs documentalistes ont expérimenté ces dernières années la mise en ligne de données sur des serveurs externes, et notamment pour la base documentaire qui est notre bien professionnel le plus précieux.

En ce qui me concerne, mon logiciel PMB est installé sur l’hébergement mutualisé du CRDP de l’académie. Lorsque hier, tout le réseau pédagogique de l’établissement s’est retrouvé coupé d’internet, j’ai été bien embêté, vous l’imaginez.

Le même risque existe avec BCDI et E-sidoc, mais dans une moindre mesure.

Qu’est ce que ça nous apprend à nous ?
Essentiellement à mettre des données en ligne avec circonspection, parce qu’on ne supporte pas en tant que professionnels de ne pas être maitre du résultat de notre travail.
Héberger nos bases ailleurs que sur des serveurs sur lesquels nous avons la main, c’est rendre nos bases plus facilement accessible, mais c’est aussi prendre le risque qu’on n’y accède plus en cas de panne de l’accès à Internet. Pour le coup, quand on a BCDI installé sur une machine, on peut continuer à cataloguer en local.

C’est aussi prendre le risque qu’elle soit modifiée sans qu’on le sache par action de l’hébergeur. En a t’il le droit ? Ca dépend de ses conditions d’utilisations et de la confiance qu’on lui accorde. De subtiles différences sont aussi rapportées par les collègues entre le base BCDI et le reflet qui en ai donné via E-sidoc.

Bien sur, il nous faut aussi savoir si nos données ne vont pas purement et simplement être supprimées, parce que le serveur à distance brule, parce notre compte aura été supprimé, parce qu’on aura arrêté de payer l’abonnement ( dans ce cas là, ça revient à devenir locataire et non propriétaire des données ).

Qu’est ce que ce que ça nous permet de travailler avec les élèves ?

Lors de la fermeture de Megaupload, des ingénus s’étaient alarmés de la perte de leurs données. Korben avait alors publié un article intéressant à plus d’un titre, et qui peut servir de base à une séance sur le sujet ou plutôt de conclusion, sur les gestes simples de sauvegarde et de discernement sur ce que nous mettons sur des serveurs externes.

Le plus urgent est sans doute de donner une image juste du réseau internet. Non les documents ne sont pas dans « les nuages » malgré le terme à la mode. Le réseau internet est un réseau de réseau d’ordinateurs, et quand nous met ses données en ligne, elles sont sur un autre ordinateur que nous ne maitrisons plus, ce qui permet à tout un tas de gens d’en prendre connaissance et de les utiliser, des publicitaires aux espions de la NSA.

Et ça, peu d’autres enseignants sont capables de l’analyser en professionnels.

Concevoir un enseignement pour le professeur documentaliste: l’exemple de la plongée

Il est une objection que je lis sur des listes de diffusion ou que j’entends régulièrement face aux demandes des professeurs documentalistes d’obtenir un service d’enseignement établi dans ses objectifs, et institutionnalisé.
En général ça prend la forme suivante  » Faire des cours, j’en suis d’accord, mais où trouver le temps de faire son travail de prof-doc en même temps », ou « je n’ai pas envie de me retrouver à faire une heure de cours par semaine à toutes les classes comme un prof de musique ».

Pour moi, ceci montre la difficulté à concevoir la mission d’un enseignant en dehors de la forme traditionnel du cours magistral, le maitre parlant, et l’élève essayant de répéter du mieux possible ce que dit le maitre. Je sais bien que les méthodes ont changé, mais la représentation reste.

On devrait pouvoir faire autrement non ?


Notre apport aux élèves a du mal à être penser comme un enseignement, avec des fondements théoriques, et est souvent relégué du coté d’une méthodologie ou d’un accompagnement, puisque qu’il s’agit de donner aux élèves les moyens de faire : faire une recherche, faire une bibliographie, utiliser un logiciel ou une application en ligne. En gros nous devons montrer où cliquer. Ce qui est aussi idiot que d’imaginer que nos collègues pionniers dans l’enseignement de la recherche d’information se contentaient de désigner les rayons du doigt en disant qu’on devrait pouvoir trouver quelque chose sur un sujet par là. Même sans ordinateur, la recherche se concevait comme un processus, mettant en jeu des compétences et une réflexion, qu’il fallait bien travailler à un moment ou à un autre.

Il existe toujours une tension dans les esprits entre le professeur et le documentaliste. L’association de ses deux métiers, pour ne former qu’un a toujours du mal à passer chez les esprits obtus. Un collègue propose même dans un article récent de séparer les deux fonctions.

Je n’ai pour ma part jamais eu aucune difficulté à concevoir qu’enseigner pour un prof-doc, cela pouvait passer par un enseignement abstrait, qu’au delà des compétences procédurales, il fallait des connaissances en appui. Et j’ai compris il y a peu pourquoi.

Je suis moniteur de plongée, et il s’agit même de ma première expérience d’enseignement, puisque j’ai passé le brevet d’initiateur 5 ans avant de passer le CAPES de documentation.
La plongée étant un sport, une activité physique, la représentation de son enseignement chez le non-initié est celle de l’apprentissage de gestes : nager avec des palmes, gréer un scaphandre, faire des signes, être capable d’évoluer sous l’eau…C’est vrai.
Mais l’enseignement de la plongée, particulièrement à la FFESSM, nécessite des cours théoriques, vraiment théoriques. Le dernier cours théoriques que j’ai donné comprenait une compréhension de la loi de Henry, ainsi que de la circulation sanguine, et du principe de la respiration ( ce qui est différent de la ventilation). Ainsi, j’ai pu faire comprendre aux élèves le principe de la saturation et de la désaturation, et donc des accidents de décompression.

De la vraie théorie donc, des connaissances déclaratives bien velues. Chercher donc sur votre moteur de recherche favori « cours théoriques plongée », vous serez édifiés.

Pourtant, il s’agit bien d’apprendre aux plongeurs à mieux plonger, et à faire des gestes. Mais il s’agit qu’ils fassent les bons, au bon moment. Car l’ambition de l’école de plongée française et de faire des plongeurs autonomes, et c’est là son ambition particulière par rapport à d’autres systèmes de formations, le système PADI américain par exemple. Autonome, c’est à dire pouvant se passer d’un encadrant qui leur dira quoi faire, c’est à dire étant capables de recul par rapport à une situation, par rapport à ce que leur dit leurs instruments, par rapport à d’autres plongeurs. Et pour cela, il faut comprendre.

Cette ambition là, elle me convient parfaitement pour mon travail de prof-doc. L’autonomie et l’esprit critique face à l’information, pour être capable d’en produire en autonomie. Et pour comprendre, il faut parfois comprendre des notions, fixer des savoirs, comme point d’appui pour évoluer dans un univers informationnel aussi mouvant que la mer.

Comparaison n’est sans doute pas raison, mais mon expérience me prouve que la posture professionnelle proposée par la FADBEN est viable, et que l’on peut être professeur et documentaliste, et que nous devons assumer un savoir théorique, que nous pouvons transmettre en cours magistral ou non.