Désintoxication du langage à l’usage des profs docs, 4. « L’EMI c’est transversal »

Désintoxication du langage à l’usage des profs docs, 4. « L’EMI c’est transversal »

« Non, mais vous comprenez, l’EMI c’est transversal ». Combien de fois les professeurs documentalistes ont-ils entendu cette phrase pour justifier qu’on n’accepte pas leur participation à un EPI, ou qu’ils ne pourront prétendre participer à l’AP ? L’EMiconf qui s’est tenu en janvier 2017 a été l’occasion de marteler le message.

Mais au fond, ça veut dire quoi ?  L’EMI, c’est transversal veut souvent dire en fait l’EMI, C’est pas le truc du prof doc.

L'EMI est transverale ( allégorie )

L’EMI est transverale ( allégorie )

Comme souvent dans la langue de bois, on utilise un mot paré de vertus positives, pour faire passer une idée pas très reluisante. La transversalité souvent invoquée de manière assez vague, permet de sous entendre la coopération entre les différents enseignants et le décloisonnement disciplinaire. Car les cloisons, c’est mal.

Mais tous les enseignements promis à la transversalité ne sont pas traités à la même enseigne. Dont un : l’EMC.

Lire la suite

Decodex : qu’en faire pour les profs docs ?

Avant-propos : cet article traîne de plusieurs jours dans la zone brouillon de ce blog. Alors que je m’apprêtais à le publier, j’ai aperçu une nouvelle annonçant que le Décodex faisait à nouveau évoluer sa formule. Mais il me semble que la réflexion de fond vaut encore. Alors, je le publie, mais vous saurez qu’il est un peu anachronique…

Après plusieurs semaines de communication et de réaction autour du Décodex, la poussière n’est pas encore retombée un mois après la sortie de ce projet piloté par des journaliste du Monde, le débat reste rude, à juste titre me semble-t-il.
Je vais essayer d’expliquer ici de mon point de vue de professeur documentaliste pourquoi cet outil me semble être une mauvaise idée. Précisons : je vais traiter de la démarche du classement de la fiabilité des sites et l’annuaire qui en est tiré, celui qui a cristallisé le débat, beaucoup plus médiatisé, y compris par ses créateurs. L’autre pan du dispositif, quelques pages de conseil sur la manière de s’informer ne sont globalement ni pires ni meilleures que ce que l’on peut trouver ailleurs et que ce que font les profs docs ( et d’autres enseignants sans doute ) depuis des années. Les collègues pourront par exemple utiliser les petites cases de bandes dessinées pour illustrer ou synthétiser leur propos. Enfin, si la licence choisie par les auteurs le permet.

Je vois quatre raisons pour ne pas s’intéresser plus que ça à cet outil, car il ne répond pas aux enjeux fixés par le parlement quand il a voté la loi de Refondation de l’école en 2013 et institué l’Éducation aux médias et à l’Information comme un objectif pour la scolarité obligatoire, et pose des problèmes quant à l’emploi avec des élèves.

Lire la suite

Désintoxication du langage à l’usage des profs docs. 3, EMI et citoyenneté à l’EMIconf

A l’heure ou j’écris ces lignes, se déroule à Lyon l’EMIconf, un colloque organisé par l’IFE. On peut en suivre les conférences en direct via un streaming video, mais si comme moi vous travaillez, il reste le live tweet pour vous faire une idée du contenu

On peut y observer une perpétuation du travail de longue haleine pour marginaliser les professeurs documentalistes. L’appétit de certains est effarant, leur enthousiasme a écarter d’un revers de main dédaigneux notre expérience et nos actions réalisées dans ce domaine affligeant.

Cet article a pour objectif de faire partager une porte ouverte enfoncée avec enthousiasme, typique des discours creux autour de l’EMI : jugez plutôt :
emiconfemicitoyennete

Vous ne voyez pas le problème ? C’est là toute la force de la langue de bois : ça a l’air de dire quelque chose, ça a l’air d’être pétris de valeurs fortes, mais en fait ça sonne creux : Pouvez vous me citez une chose qui, dans l’école ne soit pas liée à l’éducation à la citoyenneté ?

Mmmh ? Et pour cause, c’est bien l’objectif de l’école de former des citoyens !

On ne s’étonnera pas de voir Michel Guillou relayer ce genre de fadaise, lui qui est un expert auto proclamé du numérique, et qui ne l’a jamais tant ouverte que depuis qu’il est à la retraite. Je me demande s’il a jamais fait quoi que ce soit durant sa carrière avec des élèves autour du numérique, sachant qu’il a passé les dernières années de celle ci à grenouiller entre le CRDP de Marly Le Roy et la DSI du rectorat, en tant que sbire du DAN, Pascal Cotentin. Il fait parti de ces troisièmes couteaux évoqués il y a peu qui profitent de la mise en place de l’EMI pour se faire une carrière, invité ou s’invitant partout.

Je découvre Delphine Barbirati qui pousse la logique encore plus loin. Prof, passée par tous les postes ( IAN, prof relais, Traam, chargée de mission, formatrice ), elle ne se contente plus des petites chefferies de l’Education Nationale : elle a décidé de faire de l’EMI une activité lucrative.

barbiratiautoentrepreneur

Son profil Linkedin le confirme : elle propose de se faire payer pour assurer des formations que les profs docs font souvent :

barbiratilinkedin

Réseaux sociaux, cyberharcèlement, identité numérique…Ca ne vous rappelle rien ?

L’EMI mérite mieux que ça non ? Nous faisons mieux, faisons le savoir !

Prof doc c’est un métier ( et ça a l’air de les faire chier )

Prof doc c’est un métier ( et ça a l’air de les faire chier )

La situation dans laquelle nous nous trouvons, professeurs documentalistes, est incompréhensible.

Alors que les thématiques et notions que nous portons depuis au moins la création du CAPES sont enfin officiellement reconnues et intégrées aux programmes par l’EMI, nous nous voyons écartés de sa mise en application. Comment est-il possible que le ministère ne fasse pas le lien entre un besoin exprimé et (enfin) reconnu, et des professionnels qu’il a recruté et formés, et pour la plupart volontaires et disponibles ? Quel intérêt à ne pas reconnaître encore notre métier ?

cloister_conspiracy_by_philip_jackson_28329Je crois que certains n’y ont pas intérêt, et que nous nous trouvons face à une conjuration de troisièmes couteaux pour nous empêcher de faire notre travail, que nous ressentons dans le contexte de la négociation d’une nouvelle circulaire de mission ( novembre 2016 )

Mais c’est quoi un métier ?

Lire la suite

Et si nous perdions même le CDI ?

Les espaces de discussions des professeurs documentalistes ont connu ces derniers mois des débats particulièrement intenses autour du positionnement de notre métier, notamment dans le cadre de la réforme du collège. Les différents textes officiels parus dans ce contexte, de la loi de la refondation de l’école aux circulaires précisant la mise en place de la réforme ont donné lieu a beaucoup d’interrogations. La mise en place concrète dans les établissements a donné lieu à des déceptions et des désillusions.

Le plus souvent, nos collègues regrettent des atteintes à la partie enseignante de notre métier, tant la mise en place de la réforme du collège a pu écarter les professeurs documentalistes de dispositifs auxquels ils étaient auparavant associés, les priver de moyens d’enseigner directement, et libérer la parole de ceux qui ne souhaitent pas que leur expertise soit reconnue.

Le plus souvent toujours, les collègues qui s’expriment souhaitent combattre ce mouvement, attachés à leur mandat pédagogique. Parfois, de guerre lasse, d’autres collègues affirment qu’ils se recentreront sur la partie « documentaliste » et sur la gestion du CDI. Rarement, des collègues s’en réjouissent.

Mais on trouve, ces dernières semaines, des témoignages inquiétants qui devraient même faire trembler ces derniers. Trois exemples : Lire la suite

Désintoxication du langage à destination des profs docs, volume 2

J’ai pu faire une nouvelle moisson d’expressions trompeuses, je peux donc compléter mon premier article à ce sujet.

« Je me permets donc ici de parler au nom de cette majorité silencieuse. » veut dire en fait  » je n’ai ni argument ni soutien, mais ma volonté doit s’imposer aux autres « 

Lire la suite

Le mythe des 26 heures démenti par la ministre

ceoyf6zwiaap47uLes rumeurs, les légendes urbaines, les hoax sont souvent pour nous un objet d’étude et pour ma part un objet de fascination.

Dans le contexte de la réforme du collège, il en est un qui m’étonne au plus haut point, et qui m’inquiète : on ne pourrait pas dépasser 26 heures de cours hebdomadaires l’année prochaine. Un certain nombre de collègues se voient alors refuser la poursuite des heures d’enseignement qu’ils menaient souvent en 6e, exclure des dispositifs comme les EPI ou l’AP, sous prétexte que ces heures sont « à prendre » sur les heures de disciplines.

Lire la suite