Témoignage d’une professeur documentaliste contractuelle

Par le hasard des réseaux sociaux libres et fédérés, j’ai été amené à converser avec une jeune femme, qui a effectué des études en lien avec le monde des bibliothèques et qui a effectué un remplacement en tant que prof doc sous statut contractuel. Au fur et à mesure de nos échanges, je lui ai proposé de me livrer un témoignage que je publie ici. Le voici donc, sans autre commentaire de ma part que cette introduction. Je ne sais s’il est représentatif, mais il témoigne tout de même de la façon dont sont traités les contractuels dans notre système éducatif. Merci à elle.

Regard d’une contractuelle remplaçante en tant que prof-doc

Avant de parler de mon contrat, je vais parler un peu de ma vision personnelle du métier.

De manière générale, j’avais postulé sur la plate-forme de mon rectorat pour tester le remplacement et me confirmer à moi-même si je souhaitais ou non exercer finalement ce métier à double voire triple dimension. Dans ce métier, ce qui me plaît c’est le côté gestion documentaire et action culturelle. Contrairement à une majorité de futurs prof-docs ou capésiens, je ne suis pas du tout attirée par la dimension enseignante, pédagogique du métier… Ce qui peut poser souci dans une profession où la tendance est à l’inverse de ce que j’aime !

1ère partie

Peu avant mon « recrutement », une personne du rectorat m’a téléphonée, appel que j’ai loupé. J’ai bien sûr aussitôt été écouter son message qui m’informait que ma candidature avait été acceptée et qu’elle avait un remplacement à me proposer.

Aussitôt, je la rappelle, puis la contacte par mail : c’est donc un contrat à 100% (en théorie), dans un collège (à 1h30 en transport de chez moi qui n’ait pas le permis !) et avec une collègue qui est là à 20%. Le contrat commence le lundi qui suit, et nous sommes vendredi, il me faut donc prendre très rapidement la décision…  En effet, s’agissant d’un remplacement pour arrêt maladie, la personne que je remplace est à 80%.

Rapidement je pose quelques questions de base : dates, durée, horaires etc… On ne me répond que les dates, la durée, l’adresse du collège : je dois arracher les infos. Pour conclure son 1er mail de réponse, on me dit d’appeler le collège qui aura plus de réponses que mon interlocutrice.

Ahurissant la 1ère partie de contact, déjà.

J’appelle donc dans la foulée, vendredi à 17h15, le collège, qui me met en ligne avec le principal : celui-ci n’est pas au courant que le rectorat va faire remplacer sa prof-doc, vu que celle-ci était absente depuis…. la rentrée de la Toussaint, le 6 novembre (2 semaines donc).

2e partie : le début du contrat

J’arrive donc lundi, non sans avoir vendredi soir envoyé un mail au rectorat demandant à quelle heure il fallait que je sois au collège… Finalement vendredi soir, le principal m’avait dit qu’il appellerait le rectorat pour connaître mon temps hebdo (100 ou 80%) étant donné que la personne que je remplace est à 80% MAIS que le rectorat à la base m’avait dit contrat en 36h (100%)

Bref, je rappelle donc lundi matin le principal, après avoir tenté de joindre aussi le rectorat, pour savoir si de son côté il en sait plus que moi.

Réponse négative. On décide donc que je vienne l’après-midi, que je fasse comme si j’étais en 100% et on verra.

1er jour, dès le début dans le bureau du principal celui-ci me partage sa vision du CDI, qu’il appelle d’ailleurs « Centre de culture et de connaissances », appellation tant redoutée et décriée par les professionnels et l’APDEN.

15 min après, toujours dans le bureau, la principale adjointe débarque et m’harponne tout de suite en me parlant d’un conseil pédagogique le 30/11 pour lequel ce serait bien de proposer un projet du CDI, le tout en collaboration avec ma collègue. Je viens à peine d’arriver que je regrette déjà d’avoir accepté…

Partie 3 :

La 1ère après-midi se passe bien : vu que j’étais pas prévue, ma collègue n’a rien à me faire faire. Les élèves pensent évidemment que je suis stagiaire les 2 premiers jours (où on est donc 2). Ma collègue me dit pas mal de choses négatives sur sa relation avec l’intendance/le gestionnaire et la principale adjointe. Moi je viens d’arriver, je dis rien je suis neutre, j’observe avant de sauter aux conclusions.

1er tour dans la salle des profs : moyennement accueillie… Et ma collègue fume donc elle pactise pas trop avec eux ^^

Bref, la semaine se passe : la secrétaire est sympa (papiers administratifs), le principal me demande tous les jours si ça va, une des profs d’anglais est juste adorable… Par contre, point noir : les profs disent beaucoup trop souvent à mon goût du mal des élèves. Ils les rabaissent pour certains (alors que les élèves sont pas là….) mais je me tais je dis rien : je sus contractuelle, pour 3 semaines seulement.  Sans expérience de surcroît.

La remarque du point 3 : le mardi midi, une prof de français me demande si ce serait ok pour faire séance découverte à ses 6e, sans trop de précisions. Ma collègue (capesienne, titulaire, à 50% sur collège et 50 % sur un lycée) se met alors à me donner ses idées, puis le vendredi je fais une séquence pédagogique. Lundi chez moi (ne bossant pas, entre temps on a confirmation que je suis à 80% et ô miracle, j’ai droit de rattraper mes 2 demi-journées en trop !

BREF, le 2ème lundi, je prépare ma séance pédagogique du mercredi et arrivé le jour, la prof vient  me voir (ou la veille, chais plus) et me dit que son groupe (7 élèves) est d’un niveau assez faible. Moi : « Ah, d’accord…. Bon bah on verra bien ! »

Le mercredi, je fais la séance, ils remplissent comme il faut. Arrivés sur la 2e partie de la séance, un tableau un peu technique, ils réussissent moyennement à le remplir (saut 1 élève) car trop dur pour eux. C’est un semi-échec 🙂

Le gros évènement de la 2e semaine c’était donc ça. Après j’ai passé le reste du temps sur l’ordi, ou à aider les élèves, les modérer en bruit, les aider si besoin sur l’ordi, ranger des livres… Évidemment quand j’ai voulu cataloguer une arrivée de livres (dons), le truc pour les côtes (la feuille spéciale) : y’en a pluuuuus ! Ma collègue ne sait pas où qu’ils sont. Hum…

Entre temps, il y a eu le conseil pédagogique, pour lequel on avait préparé un projet du CDI, qui était prêt le mercredi. La principale adjointe vient me voir le mercredi matin, et me dit :

« ça manque de propositions concrètes, vous proposez quoi comme séquences ? » Dans ma tête c’était « Maaaaaais euuuuh comment dire, je pars dans 10 jours… » En gros pour eux, j’étais forcément prolongée (arrêt maladie longue durée) et je restais forcément. Alors que dès le début j’ai dit « je reste 3 semaines, j’ai quand même 3h de transports/jour, je sature un peu les gars »

Visiblement ils n’avaient pas pris en compte l’info !

Donc j’ai répondu que les séquences ça se faisait/décidait avec les profs, en lien avec eux quoi. Elle m’a dit : »Mais vous aussi vous êtes profs ! » Euh alors techniquement moi non…. » Mais bon. J’ai pas répondu et ai dit d’en parler avec ma collègue.

Partie 4 :

3ème et dernière semaine. Ma collègue me dit que mardi elle sera absente (maladie elle aussi), donc au revoir. Booooon OK… J’arrive mardi midi, pas de soucis réel. Les élèves sont surexcités.
Mercredi, la principale adjointe se ramène de 11h à 12h en me déposant une élève punie qui doit faire des exos de grammaire/conjugaison. J’ai pas eu la force de contester : à quoi bon ? Elle pense sans cesse avoir raison, et je m’en vais vendredi. Elle voulait aussi me voir pour réunion sur la journée égalité Fille/Garçon à quoi j’ai répondu « Je pars vendredi, ça servirait pas à grand chose, je serais pas là le jour J…. » Elle : « Comment ça se fait ? Je suis pas au courant…. » Moi : « je commence lundi un service civique. Dans tous les cas je reste pas. » Même pas eu le temps d’argumenter. Bref, elle s’en va, laissant l’élève avec moi…
Jeudi, 30 min de retard (transports) – La principale adjointe débarque 5 min après que je sois arrivée (elle a un radar c’pas possible T.T) avec la même élève que jeudi : « elle doit finir/refaire ses exos. Vous auriez des Bescherelle ? » Moi fatiguée encore : »Oui oui » On cherche, elle trouve avant moi, l’installe et me fait une remarque un peu sèche « La secrétaire n’est pas au courant que vous partez vendredi… » J’essaye d’expliquer calmement (mais c’est dur, je venais d’arriver) : « Mon contrat allait que jusqu’au 11 de toute façon ?!!! » « Oui mais elle était pas au courant, faut qu’on s’occupe aussi de faire la demande au rectorat etc… Allez la voir quand vous pourrez… »

Sous-entendu : vous nous laissez tomber, en plus le SC commence lundi et mon contrat va aussi jusqu’au 11 (alors qu’étant à 80% je ne bosse PAS le lundi >.< Et je comprends RIEN aux contrats, c’est quand même rappelons-le ma 1ère expérience dans le monde du travail… (hormis 2 contrats saisonniers dans le privé).

Bref, je l’avais mauvaise dès le début de la journée, en plus d’avoir glandé 30 min dans le froid ce matin.

Quoi retenir :

– ne postulez pas si vous n’êtes pas sûr de vouloir être prof (doc) : les collègues vous considèrent comme opérationnelle, expérience ou pas !

– pas vraiment possible de s’engager sur des projets à longue durée !

– perso, équipe pédagogique pas trop mal niveau accueil, même s’ils étaient pas au courant de qui j’étais u.u

– manque de communication entre le Rectorat et l’Etablissement

– ne prenez pas à plus de 50 min de chez vous : les allers et retours cumulés vont vous épuiser !

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