Sur la table à carte : S’informer fatigue par Ignacio Ramonet

J’ai retrouvé récemment ce texte que j’avais lu durant ma préparation du CAPES, dont j’avais gardé le titre dans un coin de ma tête comme un mantra professionnel, et dont je me souvenais comme une référence incontournable.

Une citation pour commencer: «Un quatrième concept s’est modifié. Celui, fondamental, de la véracité de l’information. Désormais, un fait est vrai non pas parce qu’il correspond à des critères objectifs, rigoureux et vérifiés à la source, mais tout simplement parce que d’autres médias répètent les mêmes affirmations et « confirment »… »

Ne croirait-on pas une analyse du phénomène du buzz, des fakes news et du complotisme qui assaille l’esprit des jeunes fréquentant Internet sans protection ? Et pourtant cet éditorial d’Ignacio Ramonet dans le Monde Diplomatique date d’octobre 1993.

Il est d’une troublante actualité, bien que publié dans les prémices de l’arrivée du web en France ( French Data Network a été créé en 1992). Les conditions de production de l’information journalistique, et notamment à la télévision n’ont guère évoluées depuis, ou alors en pire. Rappelons nous que le début des années 90 en France, c’est le début des chaînes d’info en continu ( LCI en 1994 ), des directs interminables durant la guerre du Golfe ( et la nécessité de combler ), de l’invasion des plateaux par des « experts ». Ignacio Ramonet montre les dérives du modèle de production de journalisme télévisuel pour mettre en avant la nécessité d’une information de qualité pour le citoyen, par la presse écrite et son propre journal évidemment. Il analyse avec lucidité le contexte, mais nous donne les clés pour continuer de penser notre environnement informationnel.

Cet article reste essentiel pour 3 raisons :

  • S’informer fatigue : par sa simplicité, ce titre nous rappelle que la recherche d’information est une activité sérieuse, qui demande du temps, des compétences et de l’engagement cognitif. C’est du boulot, ça se travaille, et ça n’est jamais acquis. On devrait afficher ce titre à l’entrée de tous les CDI.
  • Il montre que l’élément pertinent n’est pas Internet ni le numérique mais l’information, ce qui vérifie que notre positionnement autour de cette information, celle que nous récoltons, que nous mettons à disposition, et à l’accès de laquelle nous formons les élèves, est pertinent. La diffusion des outils numériques n’a pas changé le fond du problème.
  • Il pointe l’importance de comprendre les conditions de production de l’information et des contraintes qui en découlent.

Je conclue en citant à nouveau l’auteur de cette tribune : « S’informer fatigue, et c’est à ce prix que le citoyen acquiert le droit de participer intelligemment à la vie démocratique. ». Allez le lire. Vraiment.

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