Désintoxication du langage à destination des profs docs, volume 2

J’ai pu faire une nouvelle moisson d’expressions trompeuses, je peux donc compléter mon premier article à ce sujet.

« Je me permets donc ici de parler au nom de cette majorité silencieuse. » veut dire en fait  » je n’ai ni argument ni soutien, mais ma volonté doit s’imposer aux autres « 

Le 17 décembre 2014, un certain PL a signé un message sur la liste CDI-doc qui se concluait par cette sentence définitive. L’auteur a des pudeurs de premier communiant et signe par ses initiales. Mais Philippe Laruelle se montre plus disert ailleurs.

C’est pratique la majorité silencieuse. D’une part parce qu’elle est le dépot de la légitimité, puisque la plus nombreuse, et en plus on peut lui faire dire n’importe quoi, puisqu’elle ne s’exprime pas. Il permet à son utilisateur de se parer des apparences de la démocratie, et par ricochet de disqualifier ceux qui ne partagent pas son avis. C’est déjà un argument du pamphlet de Poissenot. Mais outre qu’on ne peut pas compter des silencieux ( de toute façon peu propices à s’organiser si jamais ils existent ), ni savoir s’ils sont unanimes, les défenseurs du curriculum ont au moins une légitimité : ils sont professeurs documentalistes, et subiront les conséquences de ce qu’ils proposent. Difficile d’imaginer qu’ils souhaitent rendre leur profession invivable.

-« les professeurs documentalistes ont toute vocation à se saisir de l’orientation / de l’histoire des arts / de l’égalité entre les filles et les garçons / de l’ENT / Du Parcours Truc » (biffez la mention inutile ) veut dire en fait  » Tout le monde s’en fiche alors on le demande à vous parce qu’on n’ose pas trop en parler aux autres profs. »

Notre profession est souvent appelée à la rescousse pour donner un contenu et prendre en charge des dispositifs qui tiennent à cœur à des ministres ou des inspecteurs, mais qui seraient bien en peine de les appliquer. Il faut donc trouver des prestataires, toujours en quête de légitimité. C’est l’avantage de conserver le flou sur nos domaines d’intervention et d’expertise : on peut imaginer nous faire intervenir sur tout et n’importe quoi, et avec le sourire avec ça. La ficelle est cependant assez grosse, et nombre de collègues se sont lassés de s’investir dans des dispositifs pédagogiques ou techniques sans aucun avenir.

« Ca serait bien que vous fassiez de l’EMI avec les 4°C le vendredi de 15 à 16h » veut dire « je me suis rappelé que vous aviez un CAPES le jour où je me suis aperçu que la prof d’anglais ne serait pas remplacée avant le mois de juin. »

Variante du précédent, le manque de cadre à la fois du contenu et des conditions d’enseignement des professeurs documentalistes conduit les collègues à se voir proposer les élèves et les créneaux dont personne ne veut. La liberté pédagogique et l’impératif de travailler l’EMI ont alors bon dos pour camoufler le besoin de gérer des élèves qui ne sont pas en cours.

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