Pour une égalité des hommes et des femmes, même les profs docs

Nous sommes aujourd’hui le 8 mars, journée internationale du droit des femmes.

J’aimerais profiter de cet événement pour lancer une réflexion, à l’emporte-pièce, sur notre métier, en tirant une ficelle rarement exploitée : les femmes sont très largement majoritaires dans les effectifs de notre profession.

  1. D’accord y a plein de femmes, mais à quel point ?

Je n’en sais rien. Faute d’avoir obtenu une réponse à ce sujet de la DPE de mon rectorat, et les dernières enquêtes de l’APDEN ne prenant pas en compte ce critère dans la présentation du répondant, je suis obligé de faire appel à une approche empirique. Lors des dernières réunions de bassin auxquelles j’ai pu assister, dans 4 départements différents, les hommes représentaient environ 10% des présents. Alors partons sur cette idée, faute de mieux. Ce qui importe c’est que dans la représentation de notre métier, le prof doc est une prof doc.

  1. Admettons que notre métier soit exercé essentiellement par des femmes. Et alors ?

Bah alors, ça peut expliquer pas mal de choses.

-Les femmes ont les même droits que les hommes, comprendre qu’en droit leur situation est la même. Mais cette journée est l’occasion de rappeler que dans les faits, nombre d’inégalités demeurent, en terme de salaire par exemple, ou d’accès au poste de responsabilités pour rester seulement dans le champ professionnel. Les profs docs sont des professeurs certifiés comme les autres. En droit. Pourtant les écarts de rémunération existent comme dans toute la fonction publique.  Si des choses s’expliquent par la persistance d’inégalités statutaires, comme la prime de sujétion particulière toujours inférieure à celle des autres certifiés, il s’agit surtout des voies de promotion aux postes d’encadrement qui restent majoritairement masculins. L’image utilisée depuis quelques années est celle du « plafond de verre »

Ce manque de représentation des femmes dans les postes d’encadrement, et donc des professeurs documentalistes ( combien de femmes dans le corps des inspecteurs EVS ? Combien de profs docs même ? ), rend les intérêts de notre profession mal représentés dans les discussions à l’échelle du ministère. Certes, un homme peut parler au nom d’une femme, et un instituteur discuter des conditions de travail des profs docs en devenant inspecteur EVS. Mais rappellez vous des débats à l’assemblée concernant le taux de TVA sur les protections périodiques : les intérêts des femmes n’auraient t’ils pas été mieux défendus avec plus de femmes dans l’hémicycle ? Ne serions nous pas mieux reconnus si nous étions encadrés par professeurs documentalistes, représentés dans les différentes directions du ministère par des professeurs documentalistes ?

-Les femmes réussissent mieux à l’école que les garçons. Une des raisons, en grossissant outrageusement le trait, vient de l’éducation qui induit chez les filles un comportement plus docile que chez les garçons, plus propice à respecter les consignes des enseignants et à se soumettre à leurs demandes, même implicites. Arrivées dans le monde de l’enseignement aux postes de professeurs documentalistes, elles sont donc moins enclines à remettre en cause la hiérarchie et ses consignes : l’inspecteur a pris la place du professeur.

-Dans la même logique, on persiste dans les instances qui donnent leur avis sur ce que doit contenir notre métier à considérer que nous sommes au service des autres enseignements. Les débats récents, et non encore tranchés sur la participation des profs docs aux EPI en sont un exemple : des inspecteurs persistent à dire que nous ne pouvons y participer qu’en soutien aux autres enseignants, sous entendu les vrais. Je l’ai entendu moi même lors des réunions sur la réforme du collège de la bouche d’un inspecteur de STI. Le dernier livre de Claude Poissenot est plein de ce genre d’inepties. Il explique ailleurs  qu’il est par exemple favorable au CAPES doc puisque ça nous permet de choisir des information en rapport avec les programmes ( dans les commentaires de l’article ).

-Cette idée est à mettre en rapport la situation des femmes qu’on l’on maintient dans une situation de soumission aux ambitions d’autrui. Cette idée est depuis longtemps associé à l’image des bibliothécaires ( nos cousins ) comme le montre la citation suivante relevée sur Twitter.

 

-Avez vous remarqué combien de qualités « féminines » sont associées aux professeurs documentalistes ? On vient de voir la capacité à servir les autres, mais on retrouvera tout un discours sur la rondeur, la diplomatie, la capacité à travailler et à faire travailler en groupe comme dans la partie sur l’histoire des arts des nouveaux programmes, à prendre en compte l’enfant et pas seulement l’élève ( l’instinct maternel surement )…

-Qu’est ce qu’une femme  « féminine » dans le langage courant ? Une femme qui sait mettre en valeur son corps pour séduire. Cette capacité de séduction devient presque une instruction officielle puisqu’on nous enjoint à être capable de donner envie aux collègues de travailler avec nous. Ceci nous amène à produire nombre de documents pour justifier et enjoliver nos actions pour conserver nos moyens d’agir ( budget et heures auprès des élèves ). Ceci amène des chefs d’établissement à considérer nos clubs et ateliers essentiellement comme des éléments de communication à faire valoir dans la presse locale.

En conclusion, j’émets l’hypothèse suivante : une partie des difficultés dans la reconnaissance de notre métier viennent de la grande proportion de femmes qui l’exercent, car elles sont globalement maltraitées dans le monde professionnel, souvent limitées à des emplois subalternes.

  1. Que faire ?

Il paraît difficile de demander aux collègues d’être moins femmes. Il me semble néanmoins urgent que nous soyons moins « féminines » :

De refuser de soumettre systématiquement nos actions à la satisfaction des besoins des autres collègues.

D’arréter de produire des documents, bilans ou projets, qui ne font que nous placer dans une position perpétuelle de justification et de séduction. De toute façon, rares ceux qui les lisent, et en tiennent compte.

D’assumer nos points de vue et nos intérêts face à nos hiérarchies, même avec mauvaise humeur et pourquoi pas de la mauvaise foi. Parce que personne ne nous défendra à notre place.

Défendre le métier de professeur documentaliste, dans la plénitude de ses missions, dans le refus de la soumission aux autres enseignants, dans l’émancipation face à des hiérarchies qui ne nous représentent guère, c’est finalement, à notre échelle, lutter pour l’égalité entre les hommes et les femmes dans l’ensemble de la société.

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