Petite désintoxication du langage à l’usage des profs docs

Je ferai bientôt un article pour dire tout ce que Franck Lepage m’a apporté, et tout ce qu’il peut nous apporter dans notre métier. Il anime avec sa Scop des ateliers de désintoxication du langage. Parmi les stratégies évoquées, celle d’utiliser des termes positifs pour évoquer des réalités plutôt négatives. J’en ai déjà parlé dans cet article là.

Je vais m’intéresser à trois « arguments » qui visent à contredire toute évolution de notre statut pour rendre notre enseignement plus structuré. Ils cachent des réalités peu reluisantes. A l’heure où un débat s’enclenche sur nos obligations de service, il me semble important que nous ne nous laissions pas berner par ceux qui agitent l’étendard du bon sens et de la majorité silencieuse.

1. »Les collègues en poste, aux profils et parcours professionnels fort disparates, » ça veut dire « On recrute n’importe qui »

C’est un argument qui vient d’un blog hébergé par la CFDT, dont on ne connait pas le statut de l’auteur (D’ailleurs, deux noms sont indiqués). Mais ce syndicat a été hostile depuis le début au rôle pédagogique des profs docs, ce n’est donc pas une surprise.
C’est un faux argument, puisqu’il entérine une habitude qui ne devrait plus exister depuis la création du CAPES. La variété des parcours ne serait pas un frein si l’essentiel de l’entrée dans le métier se faisait par le concours, quelque soit sa modalité. En ce qui me concerne, je suis entrée à l’IUFM sans étude spécifique de documentation ou de bibliothèque. Mais les deux années d’IUFM, de préparation du concours et de stage l’année suivante m’ont été suffisantes pour apprendre un métier, et permettre de créer une culture commune et une professionnalité au delà des filières d’origine. Et cet objectif peut bien sûr exister dans de la formation au concours interne, et se poursuivre par la formation continue.

2. « Les professeurs documentalistes veulent être des médiateurs, » veut dire en fait « on espère que les élèves vont se débrouiller tout seuls ». Issu du même blog que la référence précédente.
Le mot médiateur est un mot à la mode, mais en l’occurrence il me parait être une escroquerie. Tout enseignement est médiation, même un cours magistral : on ne peut pas enseigner malgré l’élève, on ne lui met pas des connaissances dans le cerveau. Dans le cas de l’archétype du cours magistral, le media est le discours du prof, accompagné d’un tableau qui sert de support. A l’élève de créer sa propre connaissance via ce média.
En l’occurence, l’idée de la CFDT, de Jean-Pierre Véran, et de ceux qui critiquent la FADBEN, c’est que la création d’un système d’information va permettre aux élèves d’accéder au savoir directement, éventuellement avec l’aide des profs docs, ces derniers se plaçant entre les ressources et les élèves pour sélectionner les premières et assister les seconds. C’est oublier que des producteurs de ressources numériques font tout pour supprimer toute médiation justement, en cherchant à accéder directement à l’usager à ses habitudes, à ses outils personnels, à son intimité. Toute médiation sans légitimation pédagogique ne peut être ressenti que comme une interférence.
L’éducation nouvelle évoquée ici et là a bon dos pour justifier le maintien du prof doc dans un rôle d’animateur à l’impact finalement négligeable. On y vient.

3. « Les professeurs documentalistes mènent des activités et des projets d’une richesse dont on ne peut les priver » veut dire « C’est quand même cool, on fait ce qu’on veut, dans la limite de ce qu’on nous laisse faire »
On trouvera des exemples de cette rhétorique ou .
Passons sur le fait que personne n’envisage une seconde d’empécher les profs docs de mener des activités culturelles variées, ou d’imposer par quel biais ils vont pouvoir aborder des notions info-documentaires. Mais « la richesse » des projets et champs d’activités masquent le peu de cas que l’on y porte. Au final, cela limite les actions des profs-docs a un rôle sympathique, pas complètement superflu, mais pas nécessaire. Or, la formation des élèves à la culture de l’information est vitale pour la démocratie. Et pour répondre à l’enjeu, nous devrons accepter quelques contraintes, c’est à dire d’avoir des objectifs communs pour tous les élèves de France. Mais ceci est conforme à l’ambition pour laquelle nous avons été recrutés.

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Une réflexion sur “Petite désintoxication du langage à l’usage des profs docs

  1. Pingback: Désintoxication du langage à destination des profs docs, volume 2 – docalabordage

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