Pour une gueule de bois numérique (feat. Charles Baudelaire)

« Enivrez-vous », tel est l’injonction de Baudelaire dans un de ces poèmes en prose. Il conseille le vin, la poésie ou la vertu, l’école française a choisi le numérique.

« Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre ». L’Ecole tente de s’adapter à un monde changeant, aux échecs qui lui sont reprochés, aux inégalités de la société.

Alors notre institution toute entière, du moins à sa tête, du ministre aux inspecteurs, s’est mise à picoler, au delà de toute soif : du chateau ENT, du e-learning blended, des packs de Keonigsmoocs. Au niveau de la gorge, les conseillers TICE de bassin et autres formateurs au PAF se sont ingéniés à faire passer tout ça dans l’estomac, en pinte et cul sec. La digestion, c’est le rôle dans les établissements des référents numériques, des personnes ressources, et parfois des profs docs. A ce niveau là, on trouve que ça pique un peu ce mélange, qu’on mériterait bien une petite pause, et qu’on pourrait choisir la qualité plutôt que la quantité. Mais l’estomac essaye de diffuser dans le reste du corps. Sans grand succès.

On est pas loin du cri qui dessaoule.

Dans l’Expresso du 21 mai dernier, un article revient sur un rapport qui constate l’echec de la mise en place des ENT en Seine Saint Denis. On sent poindre une désilLusion peu commune dans le Café pédagogique.

Lors d’une formation TICE qui s’est déroulée au CRDP de l’académie de Versailles le 27/05/2014, les participants ont appris quel seuls 10 lycées de l’académie utilisaient Lilie, l’ENT de la Région.

Alors « la tête dans le cul, le cul dans le brouillard », on fait quoi ?

« Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer »

Baudelaire propose donc d’en reprendre une, comme ceux qui reprennent une bière au matin après une soirée arrosée. Cet argument a un pendant dans le débat public : « si ça n’a pas marché, si l’économie continue à se dégrader, c’est qu’on n’a pas été assez loin dans nos réformes ». Et si des protestations s’élèvent, « c’est que nous n’avons pas fait assez preuve de pédagogie ». Et ça résonne curieusement deux jours après le scrutin du 25 mai 2014.
Donc il est possible qu’on continue à essayer de nous faire boire tout et n’importe quoi, en rajoutant de nouveaux outils en fonction des modes et des buzz. L’académie de Versailles s’est fait ainsi une spécialité de créer des plateformes et autres sites censés favorisés les usages du numérique, mais qui sont de fait à moitié vides, et souvent mal faits.

Ou alors on va laisser les experts décidaient de quels outils ils ont envie de s’emparer. Et les experts, c’est nous, pas les sicaires des Directeurs académiques du Numérique, prophètes hallucinés du monde qui vient.
-Je prétend que les profs sont des professionnels, qui utilisent les outils qui leur semblent nécessaires pour atteindre leurs objectifs. Et moi, ça ne me choque pas que les relations entre les profs et les parents se fassent plutôt IRL.

-Je prétend qu’on n’arrivera jamais à faire adopter un outil mal développé, mal pensé, mal réalisé. C’est à l’outil de s’adapter à l’homme, pas l’inverse. Les mauvais créateurs de logiciels ou de service en ligne, ça existe, nous ne sommes pas obligé de leur donner de l’argent public.

-Si on doit adapter des outils prometteurs, il faudrait que le ministère et les académies disposent d’informaticiens compétents. Vraiment compétents.

Avant que le grand corps de l’Education Nationale ne vomisse du numérique, il faut donc retrouver le sens de la mesure. La conclusion de l’article du Café est bonne : ce sont les objectifs pédagogiques qui priment. Il faut savoir comment nous devons former les citoyens, non pas au monde de demain, mais à celui dans lequel ils évoluent déjà. Les outils viendront et seront utilisés. Mais ça n’est pas en fonction de ça qu’on jugera de l’avancée de notre Ecole.

Laissons l’ivresse au Poète :

pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

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