Professeur parce que documentaliste. 3, les manuels numériques

Avez vous déjà essayé de commander des manuels numériques ?
Moi, oui, l’année dernière, à peu près à la même époque, celle où les enseignants de discipline reçoivent leurs spécimens de manuels. Un collègue d’enseignement professionnel est venu me voir, car comme c’est souvent désormais le cas, un gros autocollant sur la couverture prévenait que pour la commande d’une série de manuel, on obtient gratuitement le manuel du prof en version numérique. Ne passons pas à coté de l’aubaine.
C’est là que le calvaire commence. Oui, je m’occupe de mettre en forme les commandes de manuels des profs ( c’est bien une de mes seules fonctions dans cette pomme de discorde généralisée ), et comme je suis référent numérique, ma foi, j’ai décidé de m’y coller.

Il faut d’abord prouver que nous sommes prescripteurs, ce qui veut dire retrouver la facture et la transmettre à l’éditeur. La procédure est à chaque fois différente, d’un éditeur à l’autre qu’il passe par un distributeur ou non.
Ensuite, nous avons attendu : le manuel n’était pas prêt. A force de retourner sur le site ( l’éditeur n’a jamais pris la peine de nous avertir de l’avancée des travaux et de la mise à disposition du manuel numérique ), j’ai pu avoir accès au fichier. Bon, il faut installer des librairies et un logiciel pour l’afficher dans le navigateur. Allons y, mon dieu que c’est lent, tout ça pour avoir l’animation de la page qui tourne, bref prévenons le prof.
Le voilà très circonspect. Lui s’attendait à un fichier pdf pour projeter les images présent dans le livre d’activité élève. Il se retrouve avec un site web, à l’affichage fastidieux et très lent, et sans identifiant qui lui soit propre ( l’éditeur ne m’a jamais répondu quand j’ai fait des demandes pour avoir plusieurs identifiants, au moins un par prof, différent de celui que j’utilise. ).
Tiens je tente d’y accéder à l’heure où j’écris ce billet, et je n’ai accès qu’à une page blanche décourageante.

Qu’est ce que ça nous apprend ?

Il paraitrait que les enseignants renâclent à utiliser les manuels numériques et toutes les ressources numériques en général. Nous nous comprenons pourquoi par l’anecdote que je viens de narrer, mais les éditeurs visiblement non. Et comment leur donner tort ?
Toute barrière technique, qu’elle soit un DRM pour assurer l’éditeur qu’il gardera la main sur la distribution et l’utilisation du fichier, ou l’utilisation d’un logiciel spécifique, ou à une machine dédié ne peut que nuire à l’utilisation d’une ressource.
Toute barrière juridique, même si la plupart des enseignants à n’en rien savoir et à n’en pas tenir compte, ne pourra être qu’un frein supplémentaire : si jamais j’avais trouvé un moyen de récupérer les images dont le prof avait besoin pour qu’il puisse les projeter grâce à son ordinateur non relié à Internet, j’aurais été en faute. En effet, les conditions d’utilisations du site précisent : « il vous est interdit notamment d’extraire, réutiliser, stocker, reproduire, représenter ou conserver, directement ou indirectement, sur un support quelconque, par tout moyen et sous toute forme que ce soit, tout ou partie qualitativement ou quantitativement substantielle, du contenu des bases de données figurant sur le site auquel vous accédez ainsi que d’en faire l’extraction ou la réutilisation de parties qualitativement et quantitativement non substantielles lorsque ces opérations excèdent manifestement les conditions d’utilisation normale. »
De plus, on se retrouve avec de nouveau un droit d’accès à une ressource, qui peut s’achever à la fin du contrat, quand bien même les enseignants utiliseraient encore le manuel. Cette problématique a été évoquée dans un précédent billet.

D’accord, mais qu’est ce qu’on peut faire de ça avec les élèves ?

Nous sommes du coup assez sensibilisés aux formats ouverts et aux logiciels libres, qui permettent d’utiliser des ressources facilement avec plusieurs logiciels, sur plusieurs types de machine. Aux droits du lecteur en somme.
Il est possible de lier cela aux droits liés aux e-books. Richard Stallman nous avait prévenu dans une nouvelle prophétique . On se souvient par exemple que des acheteurs de romans d’Orwell pour la Kindle d’Amazon, acquis pourtant légalement, ont vu leur exemplaire supprimé de leur lecteur suite à un problème lié à des droits d’auteurs.
Et encore une fois, lorsque nous plaçons les élèves en situation de produire des documents, il faut les sensibiliser à la facilité de réception de leur message par le lecteur, d’un point de vue intellectuel, mais aussi technique.

Et ça, peu d’autres enseignants sont capables de l’analyser en professionnels.


Rappel

Episode 0 : prologue
Episode 1 : les bases de données en ligne
Episode 2 : les mails de journées portes ouvertes

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