Professeur parce que documentaliste. 2, les mails de journées portes ouvertes

Depuis quatre mois au moins, ma boite mail professionnelle est remplie quotidiennement de messages m’annonçant les journées portes ouvertes de nombre d’établissements de mon académie. Cela peut monter à plus de dix par jour durant les semaines les plus chargées, entre les annonces et les rappels.

Du coup, je croule sous des « TR:TR:Fw:Portes ouvertes », et j’ai bien du mal à savoir a priori si l’info pourra intéresser mes élèves, sans ouvrir le mail, et la pièce jointe qui va avec.

Qu’est ce que ça nous apprend à nous ?
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Professeur parce que documentaliste. 1, les bases de données en ligne

La plupart des professeurs documentalistes ont expérimenté ces dernières années la mise en ligne de données sur des serveurs externes, et notamment pour la base documentaire qui est notre bien professionnel le plus précieux.

En ce qui me concerne, mon logiciel PMB est installé sur l’hébergement mutualisé du CRDP de l’académie. Lorsque hier, tout le réseau pédagogique de l’établissement s’est retrouvé coupé d’internet, j’ai été bien embêté, vous l’imaginez.

Le même risque existe avec BCDI et E-sidoc, mais dans une moindre mesure.

Qu’est ce que ça nous apprend à nous ?
Essentiellement à mettre des données en ligne avec circonspection, parce qu’on ne supporte pas en tant que professionnels de ne pas être maitre du résultat de notre travail.
Héberger nos bases ailleurs que sur des serveurs sur lesquels nous avons la main, c’est rendre nos bases plus facilement accessible, mais c’est aussi prendre le risque qu’on n’y accède plus en cas de panne de l’accès à Internet. Pour le coup, quand on a BCDI installé sur une machine, on peut continuer à cataloguer en local.

C’est aussi prendre le risque qu’elle soit modifiée sans qu’on le sache par action de l’hébergeur. En a t’il le droit ? Ca dépend de ses conditions d’utilisations et de la confiance qu’on lui accorde. De subtiles différences sont aussi rapportées par les collègues entre le base BCDI et le reflet qui en ai donné via E-sidoc.

Bien sur, il nous faut aussi savoir si nos données ne vont pas purement et simplement être supprimées, parce que le serveur à distance brule, parce notre compte aura été supprimé, parce qu’on aura arrêté de payer l’abonnement ( dans ce cas là, ça revient à devenir locataire et non propriétaire des données ).

Qu’est ce que ce que ça nous permet de travailler avec les élèves ?

Lors de la fermeture de Megaupload, des ingénus s’étaient alarmés de la perte de leurs données. Korben avait alors publié un article intéressant à plus d’un titre, et qui peut servir de base à une séance sur le sujet ou plutôt de conclusion, sur les gestes simples de sauvegarde et de discernement sur ce que nous mettons sur des serveurs externes.

Le plus urgent est sans doute de donner une image juste du réseau internet. Non les documents ne sont pas dans « les nuages » malgré le terme à la mode. Le réseau internet est un réseau de réseau d’ordinateurs, et quand nous met ses données en ligne, elles sont sur un autre ordinateur que nous ne maitrisons plus, ce qui permet à tout un tas de gens d’en prendre connaissance et de les utiliser, des publicitaires aux espions de la NSA.

Et ça, peu d’autres enseignants sont capables de l’analyser en professionnels.

Professeur parce que documentaliste. 0, prologue

Professeur documentaliste.
L’association des deux termes continuent à interroger ceux qui ne veulent pas reconnaitre la mission enseignante des profs docs. J’ai expliqué dans un article précédent que mon expérience de moniteur de plongée m’avait permis de n’avoir aucune difficulté à concevoir que nous puissions être professeur, avec des savoirs à transmettre, là où certains veulent croire que notre rôle se limite à de la formation technique, qui pourrait se faire dans un simple accompagnement des élèves qui viendraient au gré de leurs besoins ou de leurs envies au CDI. Selon ces derniers, il faut faire un choix, professeur OU documentaliste.

Notre profession s’est au contraire construite sur le fait que nous sommes professeur ET documentaliste. Je vais ouvrir ici une série de billets destinées à montrer que nous sommes professeur PARCE QUE documentaliste. Attention, il ne s’agit pas de reprendre la thèse de Marie France Blanquet, qui nous explique en se basant sur l’étymologie du mot « document que nous serions professeur EN ETANT documentaliste. Je veux plutôt montrer que notre pratique quotidienne nous donne une légitimité à investir un champ d’enseignement, plus que n’importe quel autre enseignant celui de la culture de l’information, qui peut aussi être une part de la culture numérique.

J’espère ainsi pouvoir contribuer à ma modeste mesure à une synthèse entre les savoirs froids, académiques des sciences de l’information et de la communication et les savoirs chauds, issus de l’expérience.

Dans la cale : Le lion du Caire

Je voudrais vous conseiller un roman, que j’ai acquis pour mon CDI pour ma plus grande joie. il s’agit de Le lion du Caire, de Scott Oden, aux éditions Bragelonne.
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Je vous conseille la critique d’Elbakin, ce qui vous permettra de connaitre cet excellent site sur la littérature de l’imaginaire.

Si je devais qualifier d’une expression ce roman, c’est avec celle de « haut en couleur ». L’action se déroule dans un Proche-Orient digne de notre imaginaire, principalement dans la ville du Caire, décor à la hauteur de l’intrigue. L’intrigue justement est épique dans ses enjeux, mais se déroule en grande partie dans les bas-fonds du Caire, avec son lot de mendiants répugnants, de voleurs avides, et de pilleurs de tombes antiques.
Le fantastique est présent, mais de manière assez légère, essentiellement par l’arme du personnage principal.

Je conseille vraiment cette fantasy historique, d’autant que nous pouvons le raccrocher à la série de jeux vidéos Assassin’s Creed, dont le premier volet met également en scène un membre de la secte des assassins, dans la Terre Sainte des croisades.

J’ai un problème avec le numérique

Je l’avoue, je ne partage pas l’enthousiasme général avec lequel mon institution promeut le numérique. A ce titre, la lecture du Café Pédagogique m’est devenu assez pénible. Non pas que je ne trouve l’Expresso inutile pour une veille sur l’actualité de l’Education Nationale, mais parce qu’il ne se passe pas une journée sans un article sur une actualité liée au numérique. A force, on finirait par croire que pour bien faire son travail, il faut innover, et qu’innover c’est utiliser des outils numériques.

La pression est telle que je me sens obligé de me justifier de ne pas être un ringard technophobe. J’utilise en permanence l’informatique, mes deux ordinateurs sont sous linux, j’ai un smartphone. J’étais encore en maternelle quand j’ai utilisé mon premier MO5 de chez Thomson, j’ai appris à coder en basic grâce au plan informatique pour l’école qu’il est de bon ton de dénigrer désormais, j’ai utilisé une version piraté d’Adobe Golive pour créer avec des copains mon premier site internet à la fin des années 90, je suis handicapé dans ma vie de tous les jours si je n’ai pas de connexion internet.

Bien, mon portrait de geek en puissance étant posé, alors, pourquoi ?

Dans mon article précédent, j’ai essayé de dire la vigilance que j’avais face au termes employés, notamment comme outil de politique ou de gestion. « Numérique » fait parti de ces termes flous, chargés d’une valeur symbolique forte, qui à force d’être répété, a perdu une grande part de son pouvoir descriptif pour obtenir une visée performative.

En fait, « numérique » aurait du rester un adjectif, et ne pas se transformer en substantif.

Dans numérique, on reconnait numéro. Donc, ma définition numérique, modestement : est numérique ce qu’on peut compter, donc par extension ce qui est traitable par un ordinateur ( qui est une machine qui se contente de savoir compter très très vite ). Je sais ce qu’est un appareil photo numérique : c’est un appareil, qui prend des photos traitables par un ordinateur.

Par contre qu’est ce que le numérique, tout court ? Qu’est ce que ça veut dire faire entrer l’école dans l’ère du numérique ?

Je ne doute pas que des universitaires utilisent le substantif « numérique » à dessin, par exemple pour se distinguer de l’informatique en prenant en compte les aspects sociaux développés par ces outils. Mais je suis convaincu que ce n’est pas le cas des élus ou hauts fonctionnaires, qui a longueur de tribunes et de discours nous déversent des tombereaux de « numérique ».

Ce mot totem suggère la nouveauté, la rapidité, l’efficacité ( toute valeur positive dans notre société ), le fun, l’adéquation avec l’esprit du temps et celui de la jeunesse. Celui qui l’emploie peut, sans trop se tromper, garnir un discours de « numérique » pour faire rejaillir sur lui les acceptions de ce vocable très positif. Mais l’invocation ne vaut ni clarté ni efficacité.

Et les profs-docs là dedans ? Notre secteur d’activité, c’est l’information, celle que l’on cherche, que l’on trouve, que l’on évalue et que l’on publie. Mais nous le faisions avant le déploiement dans l’école et la société des outils numériques, nous avons été souvent des pionniers de leurs intégrations dans nos pratiques professionnelles, et sans doute devons nous être capables d’éclairer notre école pour qu’elle fasse au mot « numérique » la place qui lui est du, celle d’un adjectif.

Essayons donc de bannir de votre langage son emploi en tant que substantif, vous verrez, c’est difficile tellement nous avons été bombardés de phrases toute faites, mais ça rend l’esprit plus clair.