Concevoir un enseignement pour le professeur documentaliste: l’exemple de la plongée

Il est une objection que je lis sur des listes de diffusion ou que j’entends régulièrement face aux demandes des professeurs documentalistes d’obtenir un service d’enseignement établi dans ses objectifs, et institutionnalisé.
En général ça prend la forme suivante  » Faire des cours, j’en suis d’accord, mais où trouver le temps de faire son travail de prof-doc en même temps », ou « je n’ai pas envie de me retrouver à faire une heure de cours par semaine à toutes les classes comme un prof de musique ».

Pour moi, ceci montre la difficulté à concevoir la mission d’un enseignant en dehors de la forme traditionnel du cours magistral, le maitre parlant, et l’élève essayant de répéter du mieux possible ce que dit le maitre. Je sais bien que les méthodes ont changé, mais la représentation reste.

On devrait pouvoir faire autrement non ?


Notre apport aux élèves a du mal à être penser comme un enseignement, avec des fondements théoriques, et est souvent relégué du coté d’une méthodologie ou d’un accompagnement, puisque qu’il s’agit de donner aux élèves les moyens de faire : faire une recherche, faire une bibliographie, utiliser un logiciel ou une application en ligne. En gros nous devons montrer où cliquer. Ce qui est aussi idiot que d’imaginer que nos collègues pionniers dans l’enseignement de la recherche d’information se contentaient de désigner les rayons du doigt en disant qu’on devrait pouvoir trouver quelque chose sur un sujet par là. Même sans ordinateur, la recherche se concevait comme un processus, mettant en jeu des compétences et une réflexion, qu’il fallait bien travailler à un moment ou à un autre.

Il existe toujours une tension dans les esprits entre le professeur et le documentaliste. L’association de ses deux métiers, pour ne former qu’un a toujours du mal à passer chez les esprits obtus. Un collègue propose même dans un article récent de séparer les deux fonctions.

Je n’ai pour ma part jamais eu aucune difficulté à concevoir qu’enseigner pour un prof-doc, cela pouvait passer par un enseignement abstrait, qu’au delà des compétences procédurales, il fallait des connaissances en appui. Et j’ai compris il y a peu pourquoi.

Je suis moniteur de plongée, et il s’agit même de ma première expérience d’enseignement, puisque j’ai passé le brevet d’initiateur 5 ans avant de passer le CAPES de documentation.
La plongée étant un sport, une activité physique, la représentation de son enseignement chez le non-initié est celle de l’apprentissage de gestes : nager avec des palmes, gréer un scaphandre, faire des signes, être capable d’évoluer sous l’eau…C’est vrai.
Mais l’enseignement de la plongée, particulièrement à la FFESSM, nécessite des cours théoriques, vraiment théoriques. Le dernier cours théoriques que j’ai donné comprenait une compréhension de la loi de Henry, ainsi que de la circulation sanguine, et du principe de la respiration ( ce qui est différent de la ventilation). Ainsi, j’ai pu faire comprendre aux élèves le principe de la saturation et de la désaturation, et donc des accidents de décompression.

De la vraie théorie donc, des connaissances déclaratives bien velues. Chercher donc sur votre moteur de recherche favori « cours théoriques plongée », vous serez édifiés.

Pourtant, il s’agit bien d’apprendre aux plongeurs à mieux plonger, et à faire des gestes. Mais il s’agit qu’ils fassent les bons, au bon moment. Car l’ambition de l’école de plongée française et de faire des plongeurs autonomes, et c’est là son ambition particulière par rapport à d’autres systèmes de formations, le système PADI américain par exemple. Autonome, c’est à dire pouvant se passer d’un encadrant qui leur dira quoi faire, c’est à dire étant capables de recul par rapport à une situation, par rapport à ce que leur dit leurs instruments, par rapport à d’autres plongeurs. Et pour cela, il faut comprendre.

Cette ambition là, elle me convient parfaitement pour mon travail de prof-doc. L’autonomie et l’esprit critique face à l’information, pour être capable d’en produire en autonomie. Et pour comprendre, il faut parfois comprendre des notions, fixer des savoirs, comme point d’appui pour évoluer dans un univers informationnel aussi mouvant que la mer.

Comparaison n’est sans doute pas raison, mais mon expérience me prouve que la posture professionnelle proposée par la FADBEN est viable, et que l’on peut être professeur et documentaliste, et que nous devons assumer un savoir théorique, que nous pouvons transmettre en cours magistral ou non.

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2 réflexions sur “Concevoir un enseignement pour le professeur documentaliste: l’exemple de la plongée

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